La correction et les progrès

   



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Après les 3 premiers contrôles de l’année, dans chacune de mes classes de 6e, un constat s’impose : 1/3 des élèves obtient régulièrement des notes inférieures à 6/20, 1/3 ne dépasse pas ou peu la moyenne. Chaque remise de contrôle place la plupart des élèves dans une situation d’échec, situation qui se répète. Faut-il s’en tenir à un simple constat d’échec ? Faut-il se résigner à ce qu’1/3 de sa classe considère le contrôle et sa correction  comme une sanction alors que les difficultés de compréhension, d’apprentissage sont réelles ?

Ces questions m’ont amenée à réfléchir sur ce que pourrait être une correction en partant de la représentation par les enfants du mot "correction".

Quatre classes de 6e d’un établissement en ZEP sont concernées. Elles ont obtenu aux évaluations des résultats faibles dans l’ensemble (30 à 40% de réussite en français et en maths). Sur 108 élèves, 6 n’ont pas répondu parce qu’ils étaient absents. Les évaluations d’entrée en 6pourraient davantage être prises en compte. Une question a été posée, volontairement vague et donc ouverte, pour permettre à chacun de s’exprimer même si cette démarche a des limites : l’élève ne répond-il pas ce qu’il croit que le professeur veut entendre ?

A la fin d’un contrôle, la question est ainsi posée : "Que veut dire pour toi le mot correction ?"

Les élèves sont surpris : la correction n’est-elle pas "l’affaire du prof" ?

Lecture des résultats

Dans les tableaux ci-dessous, les nombres indiquent combien de fois est apparu le mot ou l’idée dans les copies. Il se peut qu’un élève ait émis plusieurs idées

 

1) A propos de la correction elle-même, 3 verbes, expliquercomprendreprogresser reviennent souvent, soit seul sans explication, soit accompagnés de quelques précisions, soit le verbe n’est pas prononcé, mais l’idée est contenue dans le propos des enfants.

Expliquer   36

Comprendre  39

"éclaircir mes lanternes"

Progresser  23

Le prof "doit expliquer lesfautes" "réexpliquer" sans autre précision

19

"pourquoi j’ai fait faux" "comprendre mes erreurs"

30

"ne pas refaire les mêmes la prochaine fois"

14

Expliquer ce que "je n’ai pas compris"

6

comprendre pourquoi je n’ai pas bien répondu aux questions

9

idée qu’il faudra "travailler plus

9

Sur la façon d’expliquer : "lente",  "le professeur doit être patient"

11

 

 

 

 

 

2) 19 réponses montrent que des élèves n’attendent rien ou alors une correction qui ne serait pas une simple reprise du cours.

Une correction ne sert à rien

“ cela ne m’apprend rien ”

6

Ne pas répéter la leçon mais y revenir “ plus tard ”

4

Une correction c’est “ encourager 

5

Ne pas écrire ou peu

4


Le professeur doit donc, en tenant compte des attentes des élèves, réfléchir à définir  autrement ce mot “ correction ” : ne pouvons-nous pas en faire un vrai moment d’apprentissage où l’enfant aurait à nouveau  la possibilité d’écrire ou de réécrire ce qui n’avait pas été réussi  lors du contrôle, et lui donner la possibilité de mesurer ses écarts et donc de comprendre ses erreurs ?

3) Le contrôle est “ quelque chose de grave ” 49 fois cette idée apparaît. Elle se décompose de la façon suivante :

Le contrôle, un moment important

 

6

Importance de la note

 avoir une bonne note ”

“ ne pas dire la note à haute voix ”

 

 27

   7

34

 

Idée de “ justice ”, “ d’injustice ”

( sur la note ou l’appréciation)

 

9


Interrogés sur la correction, les élèves répondent souvent sur le contrôle lui même : la note est essentielle  pour eux mais aussi par rapport aux autres (angoisse des élèves si les copies sont rangées de la note la plus haute  à la plus basse).

Il faut impliquer davantage l’élève car l’étonnement des enfants par rapport à la question posée montre que la correction est le "domaine réservé" des profs : modifier cette image en mettant les élèves en activité et inscrire la correction dans la dynamique de l’ensemble du travail.

Ces quelques réflexions m’ont amenée à vous soumettre quelques pistes de travail...

 

Quelques pistes de travail...

Lecture de la consigne : la question posée a-t-elle un sens pour l’élève ?

Comprend-il les attentes du professeur ?

L’élève doit, dès la Sixième, s’approprier un vocabulaire spécifique : nommer, décrire, relever, justifier ...

Lors des exercices faits en classe, il est entraîné à utiliser ce vocabulaire. Il doit avoir compris les attentes du professeur lorsqu’il les retrouve dans un contrôle et les reprendre lors de la correction.

 

A-t-il les moyens de répondre à la consigne ?

Il faut permettre à l’élève de produire même s’il maîtrise peu ou pas notre langue, d’être évalué  pour que tout son travail d’écoute, de compréhension soit reconnu . Si nous considérons que le sens est essentiel dans notre discipline, il faut  trouver des moyens  pour évaluer son travail : aller s’asseoir lors du contrôle à côté de l’élève en difficulté, lui lire la consigne, écouter ses réponses, les porter par écrit. On s’aperçoit alors que l’élève a compris, s’est approprié un savoir qu’il  ne peut pas restituer parce que l’outil de la langue lui manque. Cet enfant mérite-t-il  pour autant 0/20 ? Ne ressent-il pas alors un sentiment d’injustice  qui peut être source de violence ?

 

Comment corriger un "hors sujet" ?

Ne pas répondre à la question posée est une erreur fréquente : le professeur doit comprendre pourquoi l’élève est passé à côté du sujet. La difficulté est de faire prendre conscience à l’élève qu’il a fait un hors sujet.

 

exemple :  sujet posé : je rédige quelques phrases sous forme de dialogue entre 2 personnages (Pharaon et un Egyptien) où je dois voir quels sont les pouvoirs de Pharaon, pourquoi il a tous les pouvoirs, quels rapports  Pharaon a avec les Egyptiens.

Le dialogue est ici privilégié parce que au même moment les élèves le travaillent en Français pour la rédaction d’une pièce de théâtre.

 

Réponse de l’élève :

 “ III - Va me chercher tout le blé du village ou si non s’est toit qui va mourir a leur place.

- Oui, Pharaon je vé te chercher le blé de tout le pays. Mais les voleurs ont prit une parti des récoltes. C’est dur le travail ”

 

Essayons de comprendre pourquoi Aziza  est passée à côté du sujet.

Elle a appris sa leçon mais n’a pas su transposer un type d’exercice fait en classe : faire parler sous forme de bulles les paysans égyptiens pour mieux comprendre leur vie quotidienne.

Reprenons ensemble l’énoncé du sujet :

- Les élèves soulignent les mots importants de la consigne : Pharaon, pouvoirs, pourquoi tous les pouvoirs, rapports entre pharaon et ses sujets

- Ils cherchent dans leur cahier la trace écrite où les mots soulignés sont écrits.

- A partir de ce travail, la synthèse élaborée en commun est écrite au tableau.

- Elle n’est pas parfaite, mais les élèves ont retrouvé les notions importantes :

 


“ Séquence 2. Leçon 2 Pharaon, roi ou Dieu ?

Pharaon est un dieu vivant qui habite dans un palais et qui vit après la mort dans sa pyramide. C’est pour ça qu’il a tous les pouvoirs politique, militaire et religieux comme le montre les insignes qu’il porte. Cette forme de gouvernement est la Théocratie. Les Egyptiens obéissent : ils sont des sujets. ”

 

Chacun reprend au brouillon le sujet et rédige un nouveau texte.

Les élèves qui ont réussi l’exercice aident les élèves en difficulté pour repérer les informationspour formuler de façon correcte : c’est pour eux aussi un vrai moment d’apprentissage .

 

Aziza a écrit pendant le temps de la correction :

 “ Pharaon : Tu c’est que j’ai une puissance absolu donc je peus te tuer.

Sujet       : Je te desobéis plus jamais.

Pharaon : C’est moi qui fera la loi

Sujet   : C’est vous vous avez raison.

Pharaon : Va repetez les phrases que je t’ai dis au paysans pour qu’il on peur. C’est moi qui est le dieu vivant ta compris.

Sujet      : Oui, dieu vivant. ”

 

Aziza confronte avec son premier travail, celui effectué lors du contrôle. Je lui demande alors de rédiger la consigne correspondant à celui-ci, ce qui est un moyen pour moi de vérifier si elle a compris pourquoi sa réponse ne convenait pas.

Réponse :

“ Je rédige un dialogue entre le Pharaon et un paysan. Sur la vie dure du paysans ”

 

Je relève le nouveau travail qu’il est important de valoriser par une note, ce qui permet aussi de dédramatiser le contrôle qui s’inscrit lui aussi, comme la correction, dans les apprentissages.

Je n’ai pas corrigé immédiatement les fautes d’orthographe ; l’important est le sens et la compréhension des notions : la notion de théocratie est comprise et exprimée par l’élève avec son propre vocabulaire. J'ai attiré l'attention des élèves sur les fautes d’orthographe et les erreurs de construction de phrases. Elles ont ensuite fait l’objet d’une correction plus attentive en liaison avec le professeur de français.

L’élève a pu comprendre pourquoi le premier travail n’allait pas en prenant conscience qu’elle n’avait pas répondu à la consigne posée mais à celle qu’elle a été capable de rédiger dans l’exercice de remédiation.

 


 

Nadine PEREZ 
08/06/1999
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